Le terme de décentralisation renvoie désormais assez immédiatement dans notre imaginaire collectif à l’idée de la réforme territoriale, initiée par la loi du 2 mars 1982 et complétée par les lois des années 2010 (Loi du 16 décembre 2010 de réforme des collectivités territoriales, Loi organique et loi du 17 mai 2013 relatives à l’élection des conseillers départementaux, des conseillers municipaux et des délégués communautaires, et modifiant le calendrier électoral, Loi du 27 janvier 2014 sur la modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (« MAPTAM »), Loi du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions, aux élections régionales et départementales et modifiant le calendrier électoral et, enfin, Loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République (« NOTRe »)).

Ce cadre, à défaut d’être parfait, est donc très complet et ne subira probablement que des ajustements à la marge.

Dans le même temps (concomitance ou causalité?), le rapprochement territorial de la décision publique est complété par l’émergence et le développement d’un appétit toujours plus grand de la société civile pour une relocalisation des activités sociales et économiques: à l’instar de la ville médiévale, les habitants de la ville d’aujourd’hui (et fortiori ceux de la ville de demain), cherchent à retrouver de la qualité de vie au travers d’un recentrage local:

  • les consommateurs se tournent progressivement vers une agriculture plus raisonnée et plus proche (cf. le développement des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne, plus connues sous le label « AMAP »),
  • les habitants remettent en question les distances entre lieux de vie et lieux de travail, ce qui pose la question de l’accessibilité économique des logements dans les grandes villes et, à long terme, celle de l’adéquation des infrastructures de transport actuelles et en cours de réalisation,
  • la digitalisation est utilisée pour revivifier des liens locaux et de nouvelles formes de partage au sein des unités de vie, telles que les quartiers (démarche du type plateforme locale collaborative),
  • plus étonnamment, les consommateurs expriment également une envie d’autoconsommation en circuit court pour des biens inattendus tels que l’énergie et électricité.

Bref, le mouvement est en route. Certes, il est encore limité et ne touche qu’une frange réduite de la population (bobo ou pas …) mais il constitue probablement une tendance de fond, appelée à s’étendre. Comme souvent, les changements sont initiés par des pionniers puis repris par la majorité des acteurs.

Cette évolution lourde ne manquera pas de bousculer les cadres juridiques existants, généralement conçus dans les années 50-60, c’est-à-dire à une époque où la reconstruction à marche forcée supposait une démarche pyramidale et une planification centralisée. La digitalisation constituera sans doute un puissant facteur d’accélération de ces changements.

Soyons à l’écoute de ces mutations en gardant à l’esprit une vigilance particulière pour éviter que la relocalisation de nos vies, privées et professionnelles, ne conduise à des regroupements communautaires géographiques ou sociaux en plaques étanches. Une nouvelle gouvernance est donc aussi à inventer …